C’est une question qu’on me pose souvent en boutique, parfois avec une pointe d’inquiétude : « Vous donnez du sucre à vos abeilles ? Mais alors, il y en a dans votre miel ? » La réponse est non, et je vous explique pourquoi nourrir ses colonies à l’automne est au contraire un geste de soin, indispensable pour qu’elles passent l’hiver.
Le miel, c’est le garde-manger d’hiver des abeilles
Les abeilles ne récoltent pas du nectar pour nous faire plaisir : elles le transforment en miel pour se constituer des réserves. De novembre à mars, il n’y a quasiment plus rien à butiner dans le Jura. Pendant tout ce temps, la colonie vit en grappe serrée autour de sa reine et puise dans ce stock pour produire de la chaleur.
Chez nous, en moyenne montagne, une colonie a besoin d’environ 15 à 20 kg de réserves pour passer l’hiver sereinement, parfois un peu plus quand le printemps tarde à arriver. Une colonie qui manque de réserves en février, c’est une colonie qui meurt de faim, parfois à quelques centimètres d’un cadre de miel qu’elle n’arrive plus à atteindre à cause du froid.
Pourquoi les réserves ne suffisent pas toujours
Dans l’idéal, les abeilles se débrouilleraient seules. Mais plusieurs choses peuvent faire qu’une ruche arrive à l’automne un peu juste :
- Une fin d’été sans fleurs : sécheresse, fin de miellée précoce… les abeilles consomment alors leurs réserves au lieu d’en faire.
- Une colonie jeune : un essaim installé dans l’année ou une colonie qui a changé de reine n’a pas toujours eu le temps de remplir ses cadres.
- La récolte : quand je récolte les hausses, je laisse toujours le miel du corps de ruche aux abeilles. Mais selon l’année, cela ne suffit pas toujours à atteindre les 15-20 kg nécessaires.
- Le frelon asiatique : en fin de saison, il stresse les colonies devant la ruche. Les butineuses sortent moins, et la colonie consomme plus qu’elle ne rentre.
Comment je vérifie leurs réserves
Pas besoin d’ouvrir chaque ruche en grand. Le geste le plus simple, c’est de soupeser la ruche par l’arrière : avec l’habitude, on sent tout de suite si elle est lourde ou « creuse ». Lors de la dernière visite d’automne, je regarde aussi combien de cadres sont bien operculés (fermés par une fine couche de cire).
Avec quoi et quand je nourris
Tout est une question de calendrier :
- En septembre, juste après la dernière récolte, je complète les réserves avec un sirop épais, apporté rapidement en quelques jours. Les abeilles ont encore le temps de le stocker dans les cadres et de le « sécher » avant que les températures ne chutent.
- En hiver, si une ruche me semble légère, je pose un pain de candi (une pâte de sucre solide) juste au-dessus de la grappe. C’est un complément de secours : les abeilles y accèdent sans avoir à s’éloigner du groupe.
Je nourris toujours en fin de journée et en réduisant l’entrée des ruches, pour éviter le pillage entre colonies. Et je ne donne jamais de miel d’origine inconnue : il peut transmettre des maladies graves au rucher.
Et mon miel dans tout ça ?
Il reste 100 % miel. Le nourrissement se fait après la récolte, une fois les hausses (les étages où les abeilles stockent le miel que nous récoltons) retirées. Le sirop est stocké dans le corps de ruche, qui est réservé aux abeilles et n’est jamais récolté. Au printemps suivant, ces réserves auront été consommées bien avant que je repose les hausses pour la nouvelle saison.
Nourrir, c’est simplement faire en sorte que chaque colonie démarre le printemps en bonne santé. Et une colonie forte au printemps, c’est la promesse d’une belle saison 2027, pour le miel comme pour nos reines Buckfast et nos essaims.
Une question sur le nourrissement de vos propres ruches ? Passez nous voir à la boutique au 73 Grande Rue à Poligny, on en discute volontiers autour d’un café.
